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Les mots de Do: Art, énergie, utopies.

Le germe de la création est répandu dans tout ce qui vit, dans toute forme de conscience. Chaque être est une forme d’évolution en voie d’accomplissement. L’art est la manifestation humaine de l’énergie créatrice qui est partout dans la nature.

La seule vertu d’une démarche artistique est de nous éveiller à la vraie nature de notre être, nous ne sommes pas seulement des êtres-au-monde, nous devons faire un saut qualitatif pour produire à notre tour des propositions de mondes sous la forme de créations. Nous ne sommes pas des Dieux mais des âmes prenant peu-à-peu conscience d’elles-mêmes,

Tout ce que nous pensons et entreprenons grandit sous le jour favorable ou pas de la pure hypothèse.

Tu regardes le ciel sans ignorer
que lui aussi te regarde
d’une certaine façon.
Tu vois l’oiseau s’envoler :
tu sais qu’il porte la durée
sous ses ailes.
Ailleurs, il y a surement quelqu’un comme toi
qui cherche à faire coïncider
l’acte de voir avec celui de comprendre.
Ainsi se dessine une immense chaîne invisible
où l’étendue et la rêverie joignent leurs mains
pour lier plus intensément
l’éclaircie de la connaissance
à ce qui se dérobe.

L’acte de penser ne prend véritablement consistance que face à l’inconnu, radical ou relatif. Il n’y a rien au dessus de la faculté de s’étonner.

L’émotion de toutes les émotions réunies, c’est ce qu’on appelle l’art.

Créer, c’est vivre à hauteur d’âme. L’âme se ressource dans l’émerveillement.

La joie d’exister est l’expérience inaugurale : elle installe un accord entre le soi et le monde sous la forme d’une forte émotion à jamais nouvelle. La beauté éclaire le monde de l’intérieur : c’est précisément ce qui se passe dans l’amour : la reconnaissance dépasse la raison pour instituer une volonté de vivre sous le jour de la transfiguration.

La connaissance fusionnelle est la reconduction d’un état antérieur où tout était lié, où rien ne faisait obstacle : c’était avant le stade de la séparation. L’origine fait retour lorsque l’être humain est tout entier transformé par son amour. Il rompt alors la fatalité de l’exil pour revenir habité chez lui

Je suis le dernier né
l’enfant de la dernière pluie
je n’ai que quelques secondes d’existence.
Il n’y a aucune place pour le savoir en moi
puisque tout s’éclaire désormais
sous le jour de l’inépuisable.
Ma joie est mon seul acte de naissance.
L’univers ma seule maison.
Il est en moi, je suis en lui.
Nous sommes liés par la respiration.

Pour voir réellement, il est nécessaire de rompre avec le sortilège qui fait de nous de simples spectateurs. Les yeux ne suffisent pas à nous conduire à bon port. C’est en mobilisant toutes nos facultés (organisées autour de la respiration) qu’il nous est possible d’entrer dans la plus grande intimité possible. Le monde se révèle alors sous son vrai jour, celui d’une co-existence harmonieuse sous laquelle on sent respirer l’infini. La joie violente qui en résulte – le sentiment d’exultation – réveille instantanément en nous les moments privilégiés où nos sens comprenaient la nature excédentaire et bénéfique de cette énergie. L’enfance revient alors occuper la place qu’elle avait perdu, et le jeu et l’inutilité reprennent leurs droits.

L’énergie créatrice (domestiquée sous la forme d’œuvres d’art) peut très bien, à un moment donné de son histoire, reprendre son indépendance et servir à autre chose que produire des objets destinés à embellir les murs des musées. Elle peut, par exemple, nous aider à entretenir avec la vie des liens de toute nature, éveiller en nous plus de joie et de spontanéité… Bref, nous mettre sur la voie d’une vie beaucoup plus intense et heureuse que celle que nous avons choisi de vivre collectivement.

Il est nécessaire de « dynamiter » la circularité des habitudes et le jeu fini des relations si l’on veut entrer dans la dimension vive. La vie ne devient quotidienne que lorsqu’elle renonce à l’explorer l’inconnu, le mystère.. tout ce qui tend à mettre en question ce que nous croyons savoir.

C’est en se perdant qu’on finit par se trouver.
C’est en se trouvant qu’on finit par se traverser.
C’est en se traversant qu’on finit par échapper
à la terrible illusion qui consiste à croire
que nous sommes des êtres achevés.

Nous ne sommes pas libres et nous ne l’avons jamais été. Nous avons créer comme d’habitude le mot liberté pour mieux ignorer ce qu’il signifie pour nous sur le plan existentiel. Si, du jour au lendemain, tout le monde décidait de rompre avec son statut social pour vivre selon son instinct, le monde entrerait dans une nouvelle phase où l’on verrait toutes les formes de créativité se fédérer selon une logique d’imprévisibilité. La joie reprendrait immédiatement ses droits. Le monde ne serait plus un machine à reproduire les mêmes choses avec les mêmes effets, mais une création collective orientée par le jeu et l’instinct de découverte.

(Carnet de 2009, Art : énergie : utopies )

(J’écris pour entretenir la mémoire des instants rares où je vois l’infini s’agiter comme une veine bleue sous la peau du visible.)

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Merci à Do pour ce partage et à son ami ALAIN AUREGAN (peintre, Ile et Vilaine) pour nous proposer ces oeuvres toutes deux magnifiques, le 10 juin 2017.

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